Naître en enfer: Le mythe de la sécurité de l'accouchement à l'hôpital

Publié le par La Grosse Zèbre

Naître en enfer: Le mythe de la sécurité de l'accouchement à l'hôpital

Jock Doubleday - Traduction de Out of the Womb, into the Fire (1)

En réponse à l'article de Nina Shapiro, Birth control, paru dans le Seattle Weekly le 26 novembre 1998


Tuer le mythe

Lorsque vous tuez un mythe, c'est comme une naissance. Je sais que c'est vrai car j'en ai moi-même tué un, il y a quelques années, avec l'aide du mythoclaste ou tueur de mythe, Joseph Chilton Pearce.

Au début des années 70, Pearce a écrit un livre intitulé Magical Child. Malgré son langage technique, et bien qu'il se réfère surtout à des publications médicales, ce livre s'est vendu à de très nombreux exemplaires et on le trouve encore en librairie vingt ans plus tard.

La thèse de Magical Child est que le potentiel humain se situe largement au delà de ce qui est couramment admis et que certaines pratiques culturelles sont à l'origine de notre affaiblissement collectif. Pearce affirme qu'une de ces pratiques dommageables est la médicalisation de l'accouchement, conçu pour contrecarrer virtuellement toutes les étapes que la nature a planifiées, depuis trois millions d'années, pour accomplir le miracle de la naissance.

Pearce décrit avec une minutie consternante le drame de la "cascade d'effets" de l'obstétrique moderne, où toute intervention en entraîne une autre: comment les analgésiques ralentissent les mouvements synchronisés par lesquels l'enfant est expulsé de l'utérus, prolongeant le temps d'expulsion et le transformant en torture; comment le ralentissement du travail augmente la peur chez la mère; comment la peur chez la mère amène ses muscles utérins inférieurs à se resserrer, stoppant ainsi le travail et causant une douleur intense parce que les muscles supérieurs continuent à se contracter; comment l'augmentation de la douleur de la mère justifie une augmentation de la médicalisation (chaque dose traversant la barrière placentaire pour atteindre l'enfant en moins de 45 secondes) détruisant ainsi l'échange hormonal subtil entre la mère et son enfant; comment l'enfant drogué est incapable d'envoyer le signal hormonal "je suis prêt" à sa mère, excluant donc la possibilité d'un accouchement vaginal; comment la convalescence de la mère, après une césarienne ainsi "justifiée", l'empêche de créer un lien affectif avec le nouveau-né au moment critique suivant la naissance; comment cet enfant fortement drogué est incapable d'interagir avec son entourage et d'engager un apprentissage primaire; comment l'absence d'attachement (ce que Pearce nomme "un endroit sécuritaire où se camper") affecte l'enfant pour le reste de sa vie; comment la dépression post-partum est un résultat direct d'un mauvais usage de la technologie.

La dévote

Ainsi, c'est avec un peu de consternation que j'ai lu l'article de Nina Shapiro: Birth Control, dans le Seattle Weekly.

Dans cet article, Shapiro prône l'usage des médicaments analgésiques pour l'accouchement -- sachant que ces médicaments seraient sans danger pour la mère et son bébé. Elle soutient que le "culte" de l'accouchement naturel a étouffé l'information relative à la réelle ampleur de la douleur de l'accouchement, ce qu'elle appelle l'intensité de son "canal racine". Elle prétend que les membres de ce culte "culpabilisent" les femmes dans leurs choix de méthodes d'accouchement, tout en leur en suggérant d'autres qui sont inutilement douloureuses, que le culte lui-même est dirigé par des gourous sans jugement, que pour le "bien-être" durant l'accouchement un choix réellement éclairé amène inévitablement à l'usage de la technologie obstétricale la plus avancée, et que la technologie est une planche de salut pour des femmes qui cherchent désespérement à éviter le travail d'Ève.

Ses arguments sont -- je pèse mes mots -- dénués de tout fondement. Ils sont composés d'un rabâchage de "vérités mythologiques", de croyances qui ne sont pas exactes, mais crues sur parole par la population en général. La croyance que la terre est plate, ou que ceux qui soignent avec des plantes sont démoniaques et devraient être brûlés sur un bûcher, sont des exemples de vérités mythologiques aujourd'hui tombées en désuétude.

La manière dont Shapiro nous assène, sans s'encombrer de faits, et ramenant tout à sa personne: "Je n'avais aucune envie de faire du sentimentalisme dégoulinant", personnifie un style d'écriture dont la vérité fait toujours les frais. Elle affiche une confiance en elle-même qui n'a d'égal que son ignorance. C'est un coup bas en dessous de la raison, une tentative de nous convaincre par la seule brutalité de ses affirmations.

Sa théorie selon laquelle le mouvement de la naissance naturelle "insiste sur la sensation de douleur de la femme" est tellement aux antipodes de la vérité qu'on pourrait en rire si elle n'était pas aussi dangereuse. Sa croyance que "pour répondre aux besoins de mon enfant il faudrait que je renonce aux miens" est d'une vacuité sans fond. En tant que chercheur dans ce domaine de la naissance, depuis huit ans, je pense que le seul intérêt de l'article de Shapiro serait de figurer dans son journal intime.

Shapiro se voit elle-même comme une personne sage, éveillée et avisée, une "débusqueuse de mythes", une "exploratrice" découvrant des vérités ensevelies par une petite mais puissante faction de victimes d'un lavage de cerveau. Mais le territoire qu'elle prétend explorer a déjà été défoncé au bulldozer, aplani et goudronné depuis 50 ans déjà: elle me fait penser à un Christophe Colomb partant à la découverte de l'Espagne!

Les principaux traits du paysage de son "meilleur des mondes" sont l'analgésie péridurale, l'épisiotomie, la césarienne, et une capitulation inconditionnelle devant les exigences de l'institution hospitalière.

Les "prémisses"

Tout en prônant le "choix éclairé", Shapiro se garde bien de rechercher des informations. Même si elle nous fait part de son désir "d'apprendre" au sujet de l'accouchement, nous découvrons que ses lectures se sont en fait limitées à deux ouvrages, qu'elle regarde d'ailleurs tous deux avec dédain: Pregnancy, Childbirth and Newborn, parce qu'il parle de "savourer" l'expérience de la naissance, et What To Expect When You're Expecting, auquel elle reproche d'être trop "sentimental" et trop complaisant vis à vis des pratiques d'accouchement des cultures traditionnelles.

A propose de ce qu'elle désigne comme pratiques de naissance des sociétés "primitives", Shapiro écrit (avec son arrogance habituelle): "Tout y est tellement naturel que le taux de mortalité infantile est épouvantablement élevé..." Parmi tous les "faits" dont se prévaut la "bulle" mythologique de la sécurité de l'accouchement médicalisé, c'est celui qui, je crois, est responsable du grand nombre de décès d'enfants dans le monde civilisé. Car, même s'il est vrai que, en comparaison avec les taux de mortalité infantile de l'Ouest, ceux des cultures traditionnelles sont élevés, la différence ne tient pas aux pratiques d'accouchement, mais à la maladie. Comme John Robbins l'écrit dans son ouvrage Reclaiming our Health (1996), mythoclaste autant que méticuleux au niveau de la recherche:

Le déclin historique des taux de mortalité maternelle et infantile, ainsi que de morbidité (maladies et blessures) dans la civilisation occidentale n'est pas dû aux interventions médicales obstétricales. Ces gains sont plutôt liés au développement des antibiotiques, à l'addition de vitamine D dans le lait (pour prévenir le rachitisme), aux progrès de la santé publique, des conditions sanitaires et de nutrition, à l'amélioration des conditions de travail des femmes, et à toutes les autres mesures qui ont amélioré la santé maternelle avant l'accouchement. La littérature médicale abonde d'études qui révèlent que les pratiques fondamentales de l'obstétrique moderne, utilisées de manière routinière, ne sauvent pas des vies. En fait, les études, les unes après les autres, nous démontrent que ces pratiques induisent de plus hauts taux de mortalité tant chez les mères que chez les bébés. [C'est moi qui souligne]

Ce que les statistiques démontrent en essence, c'est que les antibiotiques et d'autres percées en santé publique ont sauvé plus de bébés que la routine obstétricale en a tués.

En effet, dans tous les pays développés, y compris les États-Unis, l'utilisation de routine de la technologie obstétricale conduit à une mort infantile 2 à 19 fois plus souvent qu'un accouchement accompagné par une sage-femme. (Chamberlain et al. In Sheila Kitzinger, Homebirth, 1991) (Par "utilisation de routine" on entend une utilisation pour des naissances qui ne sont pas à haut risque.)

Pour les seuls Etats-Unis, dans les 50 dernières années, la routine obstétricale est directement responsable d'au moins 1 282 500 décès d'enfants. (Doubleday, Obstetricians should be heroes, 1998, <http://www.gentlebirth.org/nwnm.org>, lire la version française)

La routine provoque également une augmentation des taux de morbidité infantile (Henci Goer, Obstetric Myths versus Research Realities, 1995, p.332), une augmentation des taux de mortalité et de morbidité maternelle (ibid.) et des taux plus élevés de maltraitance des enfants, notamment pour ceux nés par césarienne (Nancy Cohen, Open Season: Survival Guide for Natural Childbirth and VBAC in the 90s, 1991, p.25)

La peur

"En vérité, depuis longtemps j'ai peur de l'accouchement" écrit Shapiro.

Enceinte au moment d'écrire son article, elle admet qu'elle veut apprendre "tout ce qui pourrait rendre son expérience plus facile". Relatant l'histoire de l'accouchement naturel de sa propre mère, elle écrit: "Elle me l'a décrit comme une sensation d'être déchirée en deux". En faisant les gros yeux au mouvement d'accouchement naturel, elle ajoute: "On y montre du doigt toute femme qui ose rechercher un soulagement [médicamenteux] au tourment tout naturel de l'enfantement."

Mais est-ce que la douleur de l'enfantement est vraiment normale? Ou nécessaire?

Les partisans de la naissance technologisée croient que la douleur de l'accouchement est une nécessité biologique, mais c'est faux.

J'ai par exemple une amie qui m'a décrit son premier accouchement comme "pas vraiment douloureux". Certes, son régime alimentaire est quelque peu marginal: fruits et légumes crus biologiques, pain complet bio, noix et graines crues et biologiques, aucun laitage, aucune viande ou sucre raffiné. J'ose parier que dans notre culture occidentale, une future maman sur 10000 aurait un régime alimentaire aussi strict (mais que beaucoup plus ont un régime strictement malsain)... Mon amie fait aussi régulièrement du sport et vit souvent accroupie. J'ose parier que dans notre culture occidentale, pas plus d'une future maman sur 10000 utilise régulièrement la position accroupie.

La science n'a pas conclu qu'une mauvaise alimentation et un travail physique insuffisant sont la cause de douleurs lors de l'accouchement. Les études n'ont pas été faites. La science rejettera donc l'histoire de mon amie comme "une évidence anecdotique". Abandonnons donc exercice et régime, et passons à la peur.

La science a conclu que la peur est certainement un déterminant majeur de la douleur lors de l'accouchement. Nancy Griffin écrit dans The Epidural Express: Real Reasons Not to Jump on Board (Mothering Magazine, printemps 1997) que:

La raison principale de la douleur dans un accouchement normal est [...] le syndrome peur-tension-douleur. [...] Notre organisme nous fournit de puissants instincts durant l'accouchement. Le premier est le besoin de se sentir en sécurité et protégé. Tous les mammifères cherchent instinctivement un endroit sombre, retiré, et le plus important, sécuritaire, pour accoucher. Durant l'accouchement, les mammifères semblent dormir et ferment les yeux pour tromper des prédateurs potentiels. Ils respirent normalement, et certains (qui ne transpirent pas) peuvent haleter pour se refroidir. Les humains pourraient atteindre plus facilement un stade de relaxation en fermant les yeux et en faisant des respirations abdominales. Cette relaxation ralentit aussi les ondes du cerveau de la femme accouchante dans ce qu'on appelle un état alpha, état dans lequel il est virtuellement impossible de relâcher de l'adrénaline, l'hormone de la peur. Le besoin de confort physique devient critique, comme celui d'avoir un "nid" prêt pour le bébé. L'environnement hospitalier provoque souvent de nombreuses intrusions non-intentionnelles dans l'atmosphère de la naissance en imposant un éclairage excessif, beaucoup de monde, du bruit, des examens, et des machines suscitant la peur.

Comment au juste la peur de la mère peut-elle susciter de la douleur? Griffin explique:

Le muscle utérin est admirablement conçu pour négocier efficacement avec le danger, la peur et le stress durant le travail. L'utérus est le seul muscle du corps qui contient en lui-même deux groupes de muscles opposés -- un qui induit et poursuit le travail, et l'autre qui stoppe le travail si la mère est en danger ou effrayée. Le stress émotionnel ou physique signalera automatiquement le danger à un mammifère accouchant. Son travail ralentira ou s'arrêtera complètement pour qu'elle puisse s'enfuir en sécurité. En nos temps modernes, ça se détraque. Nous ne pouvons fuir nos peurs -- qui peuvent inclure les "histoires d'horreur" de nos amies à propos de leurs accouchements -- ni nous enfuir de notre hôpital ni loin de notre médecin. Alors, il y aura un relâchement d'adrénaline qui causera la contraction des muscles circulaires courts dans le tiers inférieur de l'utérus. Ces muscles sont responsables de l'arrêt du travail en fermant et en serrant le col. Le résultat sera que nous "mijotons" littéralement dans l'adrénaline. En même temps que les fibres musculaires longues et droites se contractent pour effacer et dilater le col, les fibres courtes et circulaires du bas de l'utérus se contractent aussi pour fermer le col et "combattent" le travail. Le résultat? La très réelle douleur de deux muscles très puissants tirant dans des directions opposées chaque fois que la femme accouchante a une contraction.

Ayant établi un lien direct entre la peur et la douleur, Griffin conclut:

En apprenant la relaxation profonde au niveau mental, physique et émotionnel; en confrontant activement nos peurs liées à l'accouchement et en choisissant un environnement de naissance dans lequel elle se sent protégée et en sécurité, la femme accouchante n'aura pas à expérimenter la douleur traumatique du syndrome "peur-tension-douleur".

Suzanne Arms, une figure bien connue dans le mouvement d'accouchement naturel, écrit dans Immaculate Deception II: Myth, Magic and Birth (1994):

La télévison, la presse et les histoires de naissances se focalisent sur le caractère dramatique et les dangers de la naissance... Peut-être que la chose la plus importante que quelqu'un puisse faire pour une femme sur le point d'accoucher est de l'aider à se défaire de ses idées préconçues et à diminuer les peurs qu'elle a accumulées toute sa vie par rapport à l'accouchement.

L'express de la péridurale

"Quelque part durant le processus", songe Shapiro, "le mouvement amorcé pour redonner le pouvoir aux femmes enceintes de faire des choix éclairés par rapport à la naissance de leur enfant, s'est muté en une campagne de pression, culpabilisatrice, sur la manière correcte d'accoucher, à savoir, la version « naturelle », non-médicalisée N'est-il pas significatif [...] que ce mouvement prétenduement féministe soit celui-là même qui insiste sur la nécessité pour la femme de ressentir la douleur?"

Prenant connaissance de la liste des effets secondaires potentiels de diverses drogues analgésiques, elle écrit: "C'est comme lire un emballage d'aspirine: oui, ça peut causer des tintements d'oreille ou une perte d'audition, mais est-ce que le risque est assez grand pour empêcher une personne raisonnable d'en prendre?"

Etudions donc les risques associées à l'administration de drogues analgésiques durant l'accouchement, en commencant par les risques pour l'enfant in utero. Nancy Griffin (Mothering Magazine, printemps 1997) écrit:

Tous les dosages d'analgésiques sont déterminés par le poids corporel de la mère... Comme le poids de la mère est approximativement 20 fois celui de son enfant non-né à terme, il y a presque toujours un risque que son enfant reçoive une dose trop élevée -- peut-être le fait le plus préoccupant quand on parle de l'usage de médicaments durant l'accouchement. Après la naissance, le nouveau-né métabolise ces médicaments partiellement via ses fonctions hépatiques. Comme le nouveau-né arrive dans le monde avec un foie immature, la métabolisation des médicaments augmente l'incidence et la gravité de la jaunisse néonatale.

L'ouvrage de référence des médecins (Physician Desk Reference, PDR) [équivalent du "Vidal", NDLT], qui sert de référence pour toute information au sujet des médicaments, leur usage, les précautions, effets secondaires, etc., indique à propos des dérivés de caïne utilisés dans les péridurales: "Les analgésiques locaux traversent rapidement la barrière placentaire (par diffusion passive), et lorsqu'ils sont utilisés pour des blocs épiduraux, l'anesthésie peut causer, à divers degrés, une toxicité maternelle, foetale et néonatale. Les réactions adverses dans la mère et le bébé entraînent une altération du système nerveux central, du tonus vasculaire périphérique, et de la fonction cardiaque."

Les recherches effectuées dans les cinq dernières années (1992-1997) sur les effets sur les nouveaux-nés de l'analgésie péridurale montrent que la péridurale provoque de plus mauvais résultats neuro-comportementaux, une diminution du tonus et de la force musculaire, qui affecte sa capacité de succion, ce qui peut amener des difficultés d'allaitement, une dépression respiratoire, une plus grande incidence de variabilité cardiaque, et par le fait même une augmentation de l'usage des forceps, ventouses, césariennes et épisiotomies.

Griffin nous donne une liste des effets secondaires pour la mère:

Le PDR nous donne la liste suivante d'effets secondaires possibles du côté maternel pour les dérivés de caïne: hypotension, rétention urinaire, incontinence fécale et urinaire, paralysie des extrêmités inférieures, maux de tête, maux de dos, méningite septique, ralentissement du travail, besoin acrru de forceps ou de ventouse, paralysie des nerfs crâniens, réactions allergiques, dépression respiratoire, nausées, vomissements et convulsions.

Une revue de la littérature scientifique rapporte qu'en moyenne 70% des femmes qui recoivent une péridurale durant le travail font aussi l'expérience de ses effets secondaires. Les plus communs sont: la rétention urinaire post-natale, de sévères maux de dos, une perte de motricité, un travail prolongé pour le premier et deuxième stade, un mauvais positionnement du bébé à la fin du deuxième stade, de l'hypotension, et chez le bébé, une médiocre organisation motrice.

Des risques très rares mais non négligeables incluent des traumatismes aux fibres nerveuses, si l'aiguille de la péridurale perfore un nerf et que le liquide y pénètre directement; une surdose de médicament qui résulte en une profonde hypertension avec arrêt respiratoire et cardiaque, et décès possible, une toxicité du système nerveux central résultant d'une injection directement dans la veine épidurale. La péridurale augmente les coûts de soins de santé maternels et néonataux, ainsi que la responsabilité légale des professionnels de la santé. D'autres interventions médicales, comme la perfusion intraveineuse, un monitoring foetal continu, l'usage de médication additionnelle, un cathéter vésical, une vérification fréquente de la tension artérielle, l'administration continue d'oxygène, des forceps, ventouses et épisiotomies deviennent souvent nécessaires en plus des soins médicaux requis pour une péridurale. Elle peut prolonger le travail, amenant possiblement le besoin d'accélerer les choses avec la pitocine, une hormone artificielle qui imite l'action de l'ocytocine, l'hormone naturelle qui déclenche le travail et provoque les contractions utérines.

Voilà le type d'argument qui était évoqué contre l'usage de la péridurale en 1999.

A l'opposé de cet argument, nous avons cette brave assurance technophile exprimée par Shapiro: "La péridurale permet maintenant aux femmes une pleine conscience et un rôle actif durant le travail."

25 000 $ de récompense

Shapiro se lamente d'une pénurie "d'experts" capables de lui dire quoi faire. Même si je n'ai aucun diplôme médical, je suis un expert à ma manière. Depuis huit ans, je me consacre à la lecture des études en relation avec l'accouchement. N'étant ni obstétricien, ni sage-femme, je n'ai aucun biais professionnel.

Ce que j'ai découvert durant mes huit ans de recherche, c'est qu'il n'y a aucune évidence scientifique, pas une seule étude dans ce pays ou aucun autre, qui justifie l'usage de routine de la technologie obstétricale.

En fait, les conclusions des études de recherches médicales convergent si fortement en faveur de l'accouchement naturel, que dans Midwifery Today d'automne 1998, j'ai publié une offre de 10000$ US à la première personne qui pourrait présenter une étude publiée dans un journal scientifique, quel que soient le pays et la période dans le temps, démontrant que la naissance à l'hôpital est plus sécuritaire, pour n'importe quelle catégorie de femmes et de bébés, que l'accouchement à domicile avec l'assistance d'une sage-femme compétente.

Personne n'a réclamé, ni tenté de réclamer, cet argent.

ä ce jour, je monte mon offre à 25000$ US. De plus, je voudrais clarifier que le terme "sage-femme" n'inclut pas les "infirmières-sages-femmes" (nurse-midwives) qui, à cause de leur formation médicale traditionnelle, et en dépit de leurs bonnes intentions, amènent avec elles à la maison un modèle d'accouchement médical basé sur la peur, faisant ainsi glisser l'accouchement à domicile du côté de la technologie. La peur, de toute manière, est contagieuse.

La nouvelle offre de juin 1999 se lit ainsi:

Je soussigné, Jock Doubleday, paierai la somme de 25000$ US à la première personne qui me présentera une étude publiée dans un journal médical avec comité de lecture, quel que soit le pays ou la période de temps, démontrant que l'accouchement à l'hôpital est plus sécuritaire dans toutes les catégories pour la plupart des femmes et des bébés, que l'accouchement à domicile avec une sage-femme qualifiée. Cette offre n'a aucune date d'expiration et annule toutes les offres préalables de même nature.

Contacter: Jockdoubleday@aol.com

[NDLT: le 2 juillet 2000, l'offre est maintenant passée à 35 000 $ US]

(Pour répondre aux cyniques: bien que je soit président d'un organisme sans but lucratif faisant la promotion de l'accouchement naturel, l'argent que je mets en jeu n'est pas celui de l'organisme, mais bel et bien le mien.)

Un étrange Nouveau-Monde

Il n'est pas facile de tuer un mythe. Vous avez besoin de l'aide d'un professionnel. Mais dès que vous en tuez un, il devient plus facile de tuer les autres.

Vaclav Havel, président de la république tchèque, a écrit qu'une fois qu'on sort d'un mythe, "le monde prend un étrange nouvel aspect".

Dans cet étrange Nouveau-Monde, les bulles mythologiques flottent sereinement. Elles étaient invisibles pour vous, mais maintenant vous êtes invisibles pour elles. Elles sont à votre merci, ainsi que vous avez été à la leur toute votre vie. Une très large bulle flotte vers vous. Autour d'elle, ces mots: "Nous n'avons pas découvert de traitement contre le cancer." Vous faites une tentative pour la toucher: POP! Une autre bulle se déplace dans votre champ de vision: "La cause du cancer est la nature, pas la culture. " Vous l'atteignez et la touchez: POP! "Les soins de santé se trouvent dans les flacons de médicaments, les bureaux des médecins et les hôpitaux ." POP! "Les outils peuvent améliorer la nature." POP! "La technologie est notre salvatrice." POP!

Soudainement, vous réalisez que vous n'êtes plus un sujet de l'Amérique commerciale -- celle dont les publicités ont tissé la fibre mythologique qui nous contrôle -- mais vous devenez un individu avec une liberté de sentiment, de pensée et d'action, avec un potentiel aux possibilités infinies.

Shapiro conclut son article par une révérence à la raison: "Si j'entends un discours sans équivoque contre l'utilisation des médicaments, comme quoi ils constituent un danger pour moi ou mon bébé, je ferai face à ma peur d'accoucher et me préparerai à le faire sans médicaments."

Je crois que cet article représente un discours sans équivoque. Je crois que Shapiro doit affronter sa peur. Je crois qu'elle le doit à son enfant à naître et à elle-même pour sortir de la bulle mythologique dans laquelle elle vit depuis si longtemps.

Je crois qu'il est temps qu'elle naisse elle-même.


Jock Doubleday est le président-fondateur de

"Natural Woman, Natural Man inc.", un organisme sans but lucratif de la Californie, <http://www.gentlebirth.org/nwnm.org>.

Il peut être contacté à <Jockdoubleday@aol.com>.


Bibliographie

Reclaiming Our Health: Exploding the Medical Myth and Embracing the Source of True Healing, John Robbins, HJ Kramer, Tiburon, California, 1996.

Magical Child, Joseph Chilton Pearce, Plume, 1977.

Obstetric Myths vs. Research Realities: A Guide to the Medical Literature, Henci Goer, Bergin & Garvey, Westport, Connecticut, 1995.

Immaculate Deception II: Myth, Magic & Birth, Suzanne Arms, Celestial Arts, Berkeley, California, 1994.

The Epidural Express: Real Reasons Not to Jump on Board, Nancy Griffin, in Mothering, Spring 1997.


(1) "Out of the womb into the fire" est un jeu de mots basé sur l'expression "Out of the frying pan into the fire", qui veut dire "De Charybde en Scylla". [NDLT]

Publié dans est (Apprentie) Doula

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Zoubida 14/07/2009 00:39

essalamou alaikoum, Merci!Merci!Merci! pour cet article. Qu'Allah te facilite taa formation de Doula. Ton blog me plzit tellement que je vais mettre un lien sur mon blog naissant,