Jeudi 2 juillet 2009
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Je ne parlerai pas de la polémique autour de la burqa aujourd’hui. Je suis absolument horrifiée par cette loi et je me demande bien ou
est là fameuse liberté prônée dans la Déclaration des Droits de l’Homme dont se vante notre pays. Non, aujourd’hui, j’aimerais vous parler de la complexité du fait d’être musulmane convertie en
France.
Aujourd’hui, et pour diverses raisons, je ne suis pas voilée. Pourtant je suis musulmane depuis février 2006 et ce jour là, ma vie a
changé. En effet, je me suis convertie en « connaissance de cause », de mon plein gré, ayant découvert une religion de paix et d’amour qui m’apportait les réponses aux questions
que j’avais. Mon esprit y a trouvé du repos et de l’absolution, mon cœur de la sérénité et de la confiance. Mais voilà, je suis mariée à un musulman et cet acte émanant de moi et de ma propre
volonté sera, et ce, jusqu’à la fin de mes jours un « handicap ». Premièrement, beaucoup de personnes pensent que je me suis convertie par « amour », pour mon mari ou par
pression de ma belle-famille. Pensez-vous vraiment qu’une telle décision se prend à la légère ? Pensez-vous que l’on doit se convertir pour son époux ? Le jour où j’ai embrassé l’Islam,
c’était suite à es révélations, c’était par amour pour mon Créateur, Allah azawajel, son message de paix et l’enseignement transmis à et par notre prophète Muhammad, que la paix soit sur lui.
C’est une nouvelle difficile à annoncer, et à ce jour, starfighoullah, toute ma famille ne le sait pas encore.
Oui, mais le
voile dans tout ca ? Il est ou mon problème. Le problème est que je suis une musulmane invisible. "L'habit ne fait pas le moine", certes, je prie, je jeûne, je fais zakat,
dans la pudeur que m’a enseigné le prophète. Je crois en Allah et que Muhammad est son prophète, mais je ne porte pas de signe religieux extérieur. Et ce voile qu'Allah nous a ordonné pour
préserver notre pudeur est devenu un symbole religieux et dans mon pays la France, (mais au Maroc aussi d'ailleurs) ma propre communauté ne me reconnait pas. Quand je passe le
salam a une sœur voilée, rares sont celles qui me répondent, se demandant pourquoi je les salue, moi, la femme non-voilée. A chaque fois que je
croise une femme voilée, mon cœur bat de joie, je suis heureuse de la croiser. Je lui souris et la regarde. Souvent, son regard se détourne, soit gêné, soit indifférent, se demandant si je la
regarde par pitié, hypocrisie, moquerie, curiosité,… alors que non… Allah sait à quel point j’aimerais me voiler, mais à ce jour je ne peux pas. Cette épreuve m’attends encore, car face à ma
famille cela en sera une. Les frères ne voient en moi qu’une française kouffar comme les autres. Pour les personnes qui savent ma conversion, c’est
une lubie qui passera, surtout si mon mari me quitte. Je redeviendrai normale. Et vue que je suis convertie non-voilée, non-distinguée, on ne fera pas d’effort pour respecter ma foi. On me
proposera de l’alcool (mais c’est juste des chocolats avec une goutte d’alcool, tu peux faire une exception, non ?), on me servira de la viande non-hallal, voir même du porc, et on me
sortira les clichés éternels sur l’Islam (Merci Betty Mahmoudy pour le bien que tu auras fait à nous les converties). Donc à ce jour, pour ma communauté et pour mon entourage, je suis invisible,
je suis illégitime, je suis une convertie non-voilée.
Mais ce jour là,
ma communauté me reconnaîtra comme musulmane à part entière. Et c’est cette légitimité que veut m’enlever le gouvernement en voulant interdire le port du voile en lieux publics, à l’école,
administrations, etc… Voilée, j’aurais peu de chances de travailler. Voilée, je me ferais insulter par des personnes bien-intentionnées qui me diront de retourner dans « mon » pays.
Voilée, je ne serais qu’une femme soumise de plus pour eux, ma famille la première qui ne comprendra pas mon geste et soupçonneras mon mari de m’avoir forcé la main. Voilée et convertie, je
serais peut-être qualifiée d’extrémiste par des personnes de tradition musulmane (ou pas d’ailleurs) qui ne conçoivent pas une pratique de la foi avec un signe extérieur distinctif. Voilée,
certains de mes amis me tourneront le dos (d’ailleurs note à part, je comprends que certaines converties, optent entre autre pour la burqa pour que
ces chers gens bien intentionnés ne voient pas qu’elles sont françaises, blanches comme eux et moi et qui seraient offusqués, voir scandalisés de voir une femme de « culture civilisée »
s’envelopper dans un grand voile). Mais voilée, j’obéirai à mon Seigneur, et c’est bien voilée que je veux finir ma vie. C’est pour cela que je fais un appel à tous : je ne suis pas une plus
mauvaise musulmane que vous parce que je ne suis pas voilée, je suis muslima et fière de l’être, reconnaissez-moi. Je suis française et libre de mes choix, de mes convictions et le fait d’être
musulmane et voilée ne fera pas de moi une fille, petite-fille, nièce, sœur, amie, voisine plus mauvaise, au contraire, acceptez-moi. Je ne peux que tendre la main aux deux parties pour ne plus
être assise entre deux chaises. Sous tout voile il y a une femme comme les autres. Et parfois, il y a des femmes qui doivent porter un voile invisible, accueillez-les ! Barakallahoufik pour
votre lecture de ce billet fort décousu mais qui me tenait à cœur.
P.S. Si vous voulez un très bon témoignage d'une soeur convertie, je vous invite à lire le livre de Oum Jounayd, "Musulmane dans une famille de français". Vous le trouverez
ici, entre autres. Et pour compléter mon artcile, je
vous invite à lire le dossier préparé par notre soeur fillah Asma sur le port du voile (cliquez ici pour le lire) . Voilà, j'ai jetté mon pavé dans la mare!
Vos petits passages